Le styliste gabonais Chouchou Lazare a récemment présenté à Paris une collection mettant en valeur le raphia, une fibre naturelle au cœur de son travail créatif. À l’occasion de ce défilé, le créateur a reçu un « Achievement Award », une distinction qui récompense l’ensemble de son parcours dans la mode africaine.
Dans son atelier situé à Libreville, la transformation du raphia en pièces vestimentaires repose sur un processus artisanal. Les fibres, extraites des feuilles de palmier, sont d’abord séchées au soleil avant d’être taillées puis travaillées à la main.
Traditionnellement utilisé pour la décoration ou la fabrication d’objets, ce matériau naturel constitue l’élément central des créations du styliste. Tressé, cousu ou collé sur des bustiers et des jupes, le raphia apparaît dans la majorité de ses pièces, souvent conservé dans sa couleur naturelle, sans teinture.

Pour le créateur, ce textile mérite une reconnaissance plus large. « C’est le raphia du Gabon. Il est particulier, très finement tissé. C’est un textile qui mérite d’être montré ».
Au Gabon, le raphia dépasse largement le cadre esthétique. Historiquement, cette fibre était associée à un code social précis. Sa longueur ou ses motifs pouvaient refléter le statut de celui qui la portait, notamment chez les chefs de village ou les notables. Ce textile occupe également une place importante dans la spiritualité et les traditions locales. Il est notamment présent dans certaines cérémonies traditionnelles, notamment les mariages ou les rituels liés au culte bwiti.
Pour Chouchou Lazare, le raphia « parle aux ancêtres » et constitue un élément central du patrimoine culturel gabonais qu’il souhaite valoriser à travers la mode. Cette démarche artistique lui a permis de franchir les frontières.
Cette reconnaissance internationale s’ajoute à d’autres distinctions obtenues au cours de sa carrière. En 2002, il avait notamment remporté le premier prix à la Biennale internationale de design de Saint-Étienne en France.
Créatif autodidacte, il s’est intéressé très tôt à la couture en aidant sa mère avant d’organiser son premier défilé durant ses années de lycée.
En parallèle de ses activités de création, il préside l’Association des stylistes et créateurs gabonais, où il participe à l’accompagnement et à la formation de jeunes créateurs dans le secteur de la mode au Gabon.
Tryphene Lembah
