Longtemps associé à la figure de la mère, le modèle de la famille monoparentale évolue progressivement au Gabon. Si les mères célibataires concentrent souvent l’attention publique, associative et médiatique, une autre réalité sociale demeure encore peu visible : celle des pères qui élèvent seuls leurs enfants. Dans plusieurs quartiers de Libreville, certains hommes assument au quotidien les responsabilités parentales, jonglant entre travail, éducation et gestion du foyer. Une situation encore peu évoquée, mais pourtant bien réelle.
Entre le travail et les responsabilités familiales, l’organisation quotidienne demande une discipline rigoureuse. Chaque matin, il prépare ses filles pour l’école avant de se rendre à ses occupations professionnelles. Le soir, il veille à suivre leur scolarité et à maintenir un assez bon équilibre familial.
Au quartier Dragages, dans le 6ème arrondissement de Libreville, un père de famille a fait de l’éducation de ses deux filles sa priorité. Séparé de leur mère depuis plusieurs années, il a choisi de prendre en charge seul leur éducation.
« Au début ce n’était pas facile. Les gens pensent souvent que ce rôle revient naturellement à la mère. Mais moi je ne pouvais pas abandonner mes enfants, pendant l’école elles sont avec moi et les vacances chez leurs mères. Je fais tout : l’école, la nourriture, les devoirs… la lessive ma première fille s’en charge », raconte-t-il.
Un autre témoignage anonyme illustre les réalités parfois complexes auxquelles font face ces pères. Taximan à Libreville, un père de famille explique qu’il lui arrive d’emmener son enfant avec lui pendant ses heures de travail lorsqu’il n’a pas d’autre solution de garde.
« Parfois je n’ai personne pour garder mon enfant ma sœur. Quand c’est mon tour de la prendre, je la mets dans la voiture avec moi. Ce n’est pas l’idéal, mais je dois travailler pour subvenir à ses besoins », confie-t-il.
Dans un pays où la solidarité familiale joue un rôle central, ces situations restent souvent gérées dans la discrétion. Pourtant, pour ces pères, la réalité quotidienne est faite de sacrifices et d’une implication constante. Les séparations, les migrations professionnelles ou encore les choix personnels conduisent parfois certains hommes à assumer seuls la responsabilité parentale.
Cependant, ces pères restent encore peu visibles dans les politiques publiques ou dans les discours sociaux. Les programmes d’accompagnement et les initiatives associatives sont majoritairement orientés vers les mères célibataires, laissant souvent les pères dans une forme d’angle mort.
Pourtant, leur engagement témoigne d’une transformation progressive des rôles parentaux. Entre responsabilités financières, présence affective et encadrement éducatif, ces pères tentent de répondre aux besoins de leurs enfants dans un contexte parfois exigeant. « Mes filles sont ma force. Quand je les vois réussir à l’école, je me dis que tous les efforts valent la peine », déclare Adrien Ntoule, père de famille rencontré au quartier Antsibe Ntsoss, dans le 2ème arrondissement de Libreville.
Au Gabon, comme dans plusieurs sociétés africaines, la question des familles monoparentales est généralement associée aux mères célibataires. Pourtant, la présence de pères élevant seuls leurs enfants tend à augmenter, même si les statistiques précises sur ce phénomène restent encore limitées.
Elliott Ana Merveille et Tryphène Lembah
