Une délégation du Fonds monétaire international (FMI) entame ce mercredi une mission de collecte d’informations sur la situation économique réelle du Gabon, avant d’envisager la conclusion — ou non — d’un programme d’appui financier, a appris Gabonactu.com de source bien informée.
La mission, prévue pour une durée d’une semaine, rencontrera les principaux départements économiques de l’État. La première étape conduira les experts au ministère du Budget, chargé d’ordonner et de liquider les dépenses publiques. Le ministère de l’Économie figurera également parmi les administrations clés consultées.
Selon une source proche du dossier, les experts du FMI entendent réaliser un diagnostic approfondi de l’économie gabonaise, fondé sur des données réelles plutôt que sur des projections. L’administration devrait ouvrir ses archives relatives aux recettes publiques, aux dépenses de fonctionnement et d’investissement, ainsi qu’au dossier sensible de la dette publique.
Dès son élection le 12 avril dernier pour un mandat de sept ans, le président Brice Clotaire Oligui Nguema avait instruit le gouvernement de solliciter l’appui de l’institution de Bretton Woods afin d’assainir les finances publiques. Cette option s’est ensuite faite plus discrète dans le discours officiel, Libreville affirmant sa capacité à rétablir l’équilibre budgétaire sans assistance extérieure. L’ancien ministre du Budget et de l’Économie, Henri Claude Oyima, figurait parmi les principaux défenseurs de cette approche souverainiste.
Une dette publique sous pression
Au cœur des discussions attendues figure la dette publique gabonaise, dont le niveau continue de susciter des inquiétudes. Selon les dernières estimations disponibles, la dette du Gabon se situe entre 70 % et 75 % du produit intérieur brut (PIB), un niveau supérieur au seuil communautaire de 70 % fixé par la CEMAC.
Cette dette est composée : d’une dette extérieure importante, contractée auprès de créanciers multilatéraux, bilatéraux et sur les marchés financiers internationaux (notamment via des eurobonds) ; d’une dette intérieure croissante, constituée d’arriérés dus aux entreprises locales et aux établissements bancaires et en fin d’engagements liés à des projets d’infrastructures et à des garanties publiques.
Le service de la dette absorbe une part significative des ressources budgétaires, réduisant les marges de manœuvre de l’État pour financer les services publics, les infrastructures et les politiques sociales. Les retards de paiement accumulés par l’administration constituent par ailleurs un facteur de fragilisation du secteur privé national.
Pressions régionales et discipline budgétaire
Au-delà des considérations nationales, le FMI exerce une pression accrue sur les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), confrontés à une détérioration des réserves extérieures et à une montée rapide de l’endettement.
Lors d’un sommet des chefs d’État tenu le 22 janvier 2026 à Brazzaville, l’institution financière internationale a appelé les pays de la région à renforcer la discipline budgétaire et à améliorer la gestion des finances publiques.
La CEMAC regroupe le Congo-Brazzaville, le Tchad, le Gabon, le Cameroun, la Centrafrique et la Guinée équatoriale.
Vers un programme avec le FMI ?
La mission en cours pourrait ouvrir la voie à un programme soutenu par le FMI, susceptible d’apporter : un appui financier direct ; une amélioration de la crédibilité du pays auprès des bailleurs et investisseurs ; un accompagnement technique pour la gestion des finances publiques et des réformes visant à renforcer la transparence budgétaire et la mobilisation des recettes.
Toutefois, un tel programme s’accompagne généralement d’exigences en matière de réformes structurelles, de maîtrise des dépenses publiques et d’amélioration de la gouvernance financière.
La mission actuelle apparaît ainsi comme une étape décisive pour évaluer la situation réelle des finances publiques gabonaises et déterminer les options de redressement à court et moyen terme.
Carl Nsitou
