Le miracle chinois : Une affaire des Chinois, loin des « diktats » de Bretton Woods (de notre envoyé spécial)

Pays très pauvre il y a quatre décennies, la Chine est devenue la deuxième économie du monde. Son PIB a atteint 140,19 billions de yuans, soit environ 20,1 billions de dollars, en 2025, avec une croissance de 5 %. Le PIB par habitant s’établit à près de 13 953 dollars. Comment expliquer ce que tout le monde s’accorde à reconnaître comme un miracle ?

Vendredi 30 octobre 2026 dans un hôtel 4 étoiles de Pékin, Yang Baozhen, ancienne consule de Chine en France et ancienne diplomate en poste au Gabon projette sur un écran des données sur la Chine à l’attention des journalistes de 25 pays d’Afrique francophone dont le Gabon.

Des records dans presque tous les secteurs

Selon son document PowerPoint, la Chine est le premier marché et le premier producteur mondial de l’automobile électrique. Elle a produit 34,531 millions de véhicules en 2025 et en a vendu 34,4 millions, soit la 17e année consécutive à la première place mondiale. Le pays est aussi leader dans la construction des voitures électriques.

Pour le segment des Trains à grande vitesse (TGV), l’empire du milieu a le train le plus rapide du monde (350 km/h) avec une projection de 400 km/h dans quelques années. Le réseau d’autoroutes atteint 199 000 km, le plus long du monde, avec plusieurs milliers de kilomètres ajoutés chaque année. Pékin construit chaque année 5 000 Km d’autoroutes. Les villages les plus reculés sont reliés au réseau routier par des routes en béton.

La Chine bat le record du pont le plus haut et le plus long avec le pont du Grand Canyon de Huajiang, dans le Guizhou qui s’élève à 625 mètres. Le pays totalise près de la moitié des 100 ponts les plus hauts de la planète.

Yang Baozhen ne l’a pas mentionné mais c’est connu, la Chine trône aussi dans l’espace. Elle exploite sa propre station orbitale, Tiangong, et a rapporté des échantillons de la face cachée de la Lune en 2024.

L’ancienne diplomate qui a longtemps travaillé dans les projets canadiens d’élimination de la pauvreté mentionne avec fierté quePékin a proclamé l’élimination de l’extrême pauvreté dans son territoire en 2020. Selon les chiffres officiels, près de 99 millions de ruraux en sont sortis entre 2012 et 2020, et la Banque mondiale évalue à environ 800 millions le nombre de Chinois sortis de l’extrême pauvreté depuis 1978.

Ni plans d’ajustement, ni tutelle : la Chine a utilisé Bretton Woods à ses conditions

La Chine n’a pas ignoré la Banque mondiale et le FMI. Elle les a utilisés sans jamais leur confier le volant.

Selon l’histoire, la Chine a rejoint la Banque mondiale en avril 1980, après la rencontre entre Deng Xiaoping et le président Robert McNamara. L’équipe de la Banque a effectué sa première mission économique à l’automne 1980.

Le premier prêt, de 200 millions de dollars en 1981, a financé l’enseignement supérieur. Entre 1981 et 2000, la Banque a accordé à Pékin près de 34,2 milliards de dollars pour 259 projets. Jusqu’en 2019, elle avait soutenu 430 projets, et la Chine est le deuxième emprunteur historique derrière l’Inde.

Pékin a pris l’argent et l’expertise technique, mais a refusé le menu de réformes imposé ailleurs sous le nom d’ajustement structurel.

La Chine a ensuite quitté le rôle de bénéficiaire. Elle est sortie du guichet des pays les plus pauvres en 1999 et est devenue donatrice de l’IDA en 2007.

FMI

Selon nos recherches, la Chine a rejoint le FMI le 17 avril 1980. Depuis, Pékin n’a fait appel qu’à deux reprises aux crédits du Fonds : 450 millions de DTS en mars 1981 et 600 millions en novembre 1986, intégralement remboursés. Aucun programme d’ajustement n’a suivi. Pékin est ancré dans le réflexe de l’autonomie.

Cette prudence remonte à l’ère maoïste. Mao Zedong avait, en effet, fait du « compter sur ses propres forces » un principe d’État. Le pays a gardé de cette époque une méfiance envers les tutelles financières extérieures. Il a voulu emprunter sans obéir.

Patriotisme, discipline et lutte massive contre la corruption

La Chine est toujours dirigée par un parti unique, le Parti communiste chinois (PCC) depuis 1949. Les dirigeants chinois ont construit, certainement à pas forcés, un patriotisme très fort.

En 2012, le pays a lancé une campagne anticorruption d’une ampleur inédite contre les « tigres » (hauts dirigeants) et les « mouches » (petits cadres).

D’après chinascope.org, les chiffres sont considérables. Depuis fin 2012, plus de 7,2 millions de personnes ont été sanctionnées. Une victoire pour le gouvernement de Xi Jinping, président de la Chine aux commandes du 2ème pays le plus peuplé du monde (1,4 milliard d’habitants) depuis novembre 2012;

Selon cette source, rien qu’en 2025, 983 000 personnes ont été sanctionnées, un record. La Commission centrale d’inspection de la discipline a placé en détention un nombre record de 65 hauts responsables de niveau vice-ministériel ou supérieur en 2025, soit 12 % de plus que les 58 de 2024. Des figures de premier plan sont tombées, comme Bo Xilai et Zhou Yongkang, l’ancien chef de la sécurité.

Une leçon pour l’Afrique ?

L’Afrique a elle aussi connu la croissance, et certains de ses pays étaient plus riches par habitant que la Chine jusque dans les années 1970. Beaucoup ont ensuite subi, dans les années 1980 et 1990, les programmes d’ajustement structurel du FMI et de la Banque mondiale. Dans la majorité des pays, les résultats sont mitigés.

La Chine a trouvé sa voie : emprunter pour investir, construire des infrastructures, maîtriser son calendrier de réformes, protéger ses finances publiques et sa souveraineté.

La voie chinoise repose sur un État fort et planificateur d’où la poursuite des plans quinquennaux lancés par Mao Zedong en 1953. Cette année, Pékin a entamé son 15ème plan quinquennal sans influence extérieure. « C’est une affaire des chinois », a martelé Yang Baozhen dotée d’une très ouverture d’esprit pour avoir travaillé en Belgique et étudié au Canada.

Yves Laurent Goma, envoyé spécial en Chine

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