Cinq formations politiques ont saisi la Cour constitutionnelle, ce vendredi 16 octobre 2026, pour contester le projet de modification de la loi n°016/2025 du 30 juin 2025 relative aux partis politiques en République gabonaise. Réunis au quartier Razel, dans la commune d’Owendo, les responsables de l’Union gabonaise démocratique (UGD), du Parti nationaliste gabonais (PNG), de l’Union progrès démocratique (UPD), du Forum pour la défense de la République (FDR) et du Parti du renouveau national (PNR) alertent sur les risques que cette réforme pourrait faire peser sur le pluralisme politique.
Face à la presse nationale et internationale, les cinq formations ont exprimé leurs préoccupations concernant les nouvelles exigences envisagées pour les partis politiques et les conséquences possibles sur leur existence légale. Porte-parole du collectif, Joachim Mbatchi Pambou, président du FDR et candidat à l’élection présidentielle d’août 2023, a confirmé le dépôt de la saisine auprès de la juridiction constitutionnelle.
Au cœur de cette démarche se trouve la volonté de préserver les droits des formations politiques légalement constituées. Les signataires ne rejettent pas le principe d’une réforme du cadre juridique, mais contestent toute disposition susceptible de fragiliser les partis existants.
« Nous ne sommes pas opposés aux réformes, mais nous refusons de laisser prospérer toutes celles qui risquent de fragiliser les droits acquis, d’entretenir l’incertitude juridique ou de transformer des exigences administratives en instruments d’exclusion politique », soulignent-ils dans leur déclaration.
Pour les responsables politiques, l’encadrement de la vie partisane doit s’accompagner de garanties claires et d’une application équitable des règles. Ils estiment que les organisations concernées doivent pouvoir connaître précisément leurs obligations et les modalités de leur mise en conformité. Une exigence qu’ils jugent indispensable pour éviter que les nouvelles dispositions ne conduisent à la marginalisation de certains acteurs politiques.
Les signataires rappellent également leur engagement en faveur du processus de refondation nationale engagé après les événements d’août 2023. Ils précisent toutefois que leur soutien à la stabilité des institutions ne saurait les priver de leur liberté de parole.
« Nous n’avons pas soutenu la refondation du Gabon pour voir la Ve République devenir le tombeau du pluralisme démocratique », déclarent-ils, tout en affirmant que leur démarche ne constitue ni une rupture ni une opposition de principe à l’action du président de la République.
Au-delà du recours engagé devant la Cour constitutionnelle, le collectif appelle le gouvernement à clarifier les motivations du projet de modification et à privilégier le dialogue avec les formations politiques concernées. Il rappelle que les partis constituent des acteurs essentiels de la démocratie représentative, en permettant l’expression des opinions et la participation des citoyens à la vie publique.
« La démocratie ne se mesure pas au nombre de partis que l’on fait disparaître, mais à la capacité de la République à garantir à chaque formation légalement constituée le droit d’exister, de s’organiser et de participer à la vie nationale dans le respect de la loi », affirment les signataires.
Le collectif prévient par ailleurs qu’il se réserve la possibilité de saisir plusieurs instances internationales, notamment l’Organisation des Nations unies (ONU), l’Union africaine (UA), la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, l’Union européenne (UE), l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et le Commonwealth. Cette éventualité, précisent-ils, vise à défendre leurs droits ainsi que les principes démocratiques et les libertés fondamentales.
À travers cette saisine, les cinq formations politiques entendent placer la question du pluralisme au centre du débat sur l’évolution du cadre institutionnel gabonais. Pour Joachim Mbatchi Pambou, porte-parole du collectif, et les autres signataires, la réforme de la loi sur les partis doit préserver l’équilibre entre l’organisation de la vie politique et le respect des libertés démocratiques. « La Ve République doit être celle de la consolidation démocratique, et non celle de la confiscation du pluralisme politique », concluent-ils.
Tryphene Lembah
