Procès e-Doley / Groupe BGFIBank : E-Doley Finance fait appel

La fintech gabonaise E-Doley Finance a annoncé dans un communiqué avoir fait appel de la décision rendue à Paris le 25 juin plutôt saluée par le groupe bancaire BGFIBank comme une victoire qui clos un long contentieux entre les deux anciens partenaires devenus des protagonistes diamétralement opposés.

« Le 6 juillet 2026, BGFI Holding Corporation et BGFIBank Gabon se sont félicités à tort d’un jugement rendu à Paris le 25 juin : l’affaire n’est pas terminée, et pour cause — E-Doley Finance fait appel », mentionne le communiqué.

« Contrairement à ce que cette communication laisse croire, le Tribunal n’a pas comparé les logiciels ; il n’a jamais dit que BGFI Mobile était une création de la banque, et ne lui a donné raison sur rien : la banque a plutôt bénéficié d’une démonstration jugée incomplète à ce stade sur deux points techniques que le dossier d’appel vient compléter , pas d’une démonstration contraire », explique la fintech avant de poursuivre « c‘est là toute la nuance ».

E-Doley Finance soutient que la Cour d’appel de Paris rejugera l’intégralité de l’affaire, en fait et en droit – cette même Cour qui relevait, dès 2020, que e-Doley Cash avait été conçu par E-Doley Finance avant toute relation avec le groupe bancaire.

La fintech souligne que trois faits demeurent. Deux expertises judiciaires ont conclu à des taux de similitude allant jusqu’à 100 % sur certaines composantes entre les deux solutions ; leur annulation, en 2021 — non pour leur contenu —, repose sur des pièces qu’E-Doley Finance dénonce devant les juges comme fabriquées pour les besoins de la cause – un recours en révision est en cours ; c’est pour n’avoir pas signalé cette annulation dans ses premières écritures que le Tribunal a retenu une procédure abusive, une décision qui ne porte pas sur le fond et qui est frappée d’appel comme le reste.

« Interrogée sur l’origine de BGFI Mobile, la banque tergiverse et n’a pas donné la même réponse selon les époques et les juridictions : l’un des prestataires désignés n’existe dans aucun registre du commerce, un autre a été créé après les faits qu’il aurait accomplis. Enfin, malgré les sommations d’huissier réitérées depuis plus de dix-huit mois, le groupe bancaire n’a jamais produit les documents contractuels et techniques qui permettraient d’établir les faits », déplore E-Doley Finance dans son communiqué.

Une entreprise change de fournisseur ; elle ne change pas d’auteur

Le litige demeure pendant dans trois pays. La contrefaçon se juge à Paris ; le volet commercial à Libreville, puis à Abidjan, devant la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage (CCJA) de l’OHADA, qui statuera sur le fond.

Cette répartition a été fixée dès 2020 par un arrêt définitif et exécutoire au Gabon, que la banque n’a jamais contesté. Après six ans passés à dénier la compétence du juge commercial devant les juridictions gabonaises, elle vient plutôt de l’admettre — publiquement, irrévocablement — en se félicitant d’un jugement parisien. Elle ne pourra plus la contester, nulle part.

Le 18 mars 2026, la Cour d’appel judiciaire de Libreville a d’ailleurs retenu, dans sa décision, qu’une opération de nature commerciale avait bien réuni les parties — « un point sans recours, sur lequel le groupe bancaire, si prompt à publier, s’est bien gardé de communiquer », ironise le startup Gabonaise.

« E-Doley Finance demande qu’enfin se tienne un débat loyal, sur des pièces authentiques et vérifiables, produites par toutes les parties. Le reste se jugera », conclu le communiqué.

Pour rappel, en 2013, E-Doley Finance, première fintech gabonaise, conçoit sa solution innovante de banque mobile, e-Doley Cash, et la présente à BGFIBank, première banque du pays. En 2014, la banque mobilise seize de ses cadres pour la déployer et la présente publiquement sous le nom « e-Doley Cash by BGFI Bank » — un fait constaté par huissier et non contesté. En avril 2015, la banque propose de racheter la solution — et de la rebaptiser — plutôt que d’en partager les revenus, comme le prévoyait le partenariat ; aucun accord n’est conclu. En décembre, elle lance « BGFI Mobile » et l’ensemble des services digitaux qui en découlent. EDoley Finance soutient qu’il s’agit de sa solution, sous un autre nom. C’est l’objet du litige.

Camille Boussoughou

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