Ricky Média : un rap engagé qui dissèque la société gabonaise

En marge des circuits commerciaux, un artiste gabonais impose une voix singulière dans le paysage musical. Entre salle de classe et studio d’enregistrement, Ricky Média s’illustre par un rap lucide, engagé et profondément ancré dans les réalités sociales du pays.

À Libreville, où le rap a souvent oscillé entre divertissement et quête de visibilité, Ricky Média trace une trajectoire à contre-courant. Professeur d’Histoire-Géographie dans la vie courante, il conjugue pédagogie et création artistique avec une constance rare. Loin des projecteurs et des logiques de buzz, il construit patiemment une œuvre cohérente, portée par trois albums studio et une présence digitale maîtrisée. Chez lui, le micro devient un prolongement du tableau noir, un outil pour dire, expliquer et interpeller.

Son univers artistique repose sur un rap narratif, structuré et accessible. Une approche assumée par l’artiste, qui confie s’inspirer de Barack Obama : « Je me suis beaucoup inspiré de Barack Obama qui avait une licence de droit mais s’adressait au peuple dans un anglais de niveau seconde ». Dans cette logique de clarté, Ricky revendique également une écriture construite autour de procédés littéraires précis : « *J’écris mes textes en anaphore, une figure de style qui consiste à répéter le même début de phrase à chaque fois’ ».

À travers des titres comme « Une saison à Libreville », « La vie est ce qu’elle est » ou encore « La discipline », il privilégie la force du message et la répétition comme levier d’impact, rendant ses textes à la fois accessibles et marquants.

La fin de l’année 2025 et le début de 2026 marquent un tournant dans sa production, avec la diffusion successive de plusieurs clips aux thématiques fortes. Dans « Ma maîtresse », Ricky met en scène, avec une pointe d’ironie, la double vie d’un fonctionnaire tiraillé entre obligations familiales et réalités économiques, révélant en filigrane les compromis du quotidien. Avec « Je n’ai pas deux millions », il met en parallèle une jeunesse décriée à se responsabiliser pour se marier et en face des familles qui prennent le mariage comme un commerce en surévaluant la dot qui n’était autrefois que symbolique.

Plus frontal, « Mourir pour un candidat » dénonce l’instrumentalisation politique de certains candidats, souvent des jeunes en première ligne lors des mobilisations, sans en récolter les bénéfices, une fois les candidats élus. Dans « La vie de Gabon » et « Je n’ai pas de carte d’identité », l’artiste aborde les difficultés administratives et les incohérences du système, avec un regard à la fois critique et lucide. Enfin, « Tout le monde dans l’armée » se distingue comme une satire mordante des politiques d’orientation et du manque d’opportunités, où l’ironie devient un outil pour dénoncer une forme de résignation imposée. À travers ces morceaux, Ricky ne se contente pas de rapper : il documente, questionne et met en récit les tensions d’une société en quête de repères.

Auteur de trois albums, héritier d’une tradition rap marquée par des figures engagées telles Pierre Claver Zeng ou ou Siya Possi X, il perpétue une forme d’expression où la musique sert avant tout de vecteur de conscience sociale. À l’heure où les débats sur la gouvernance, la jeunesse et l’avenir du pays restent vifs, sa voix contribue à alimenter une parole critique, ancrée dans le vécu quotidien des Gabonais.

Nkili Akieme

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