Le secrétaire général de la Fédération des Travailleurs du Gabon (FETRAG), Jocelyn Louis N’Goma, a dénoncé, lors d’une conférence de presse à Libreville, les conditions jugées opaques dans lesquelles le contrat liant la PME Clikafrik à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et à la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS) a été signé en 2023.
Selon le syndicaliste, cette convention, présentée comme valant plus de 3 milliards de FCFA, aurait été conclue durant la période dite de la « Young Team », un cercle de jeunes proches du pouvoir ayant exercé une influence notable au sommet de l’Etat après l’AVC du président Ali Bongo Ondimba. Il estime que cette influence s’étendait à plusieurs entreprises et institutions publiques, affectant la gouvernance et les processus décisionnels.
« Cela a été démontré durant le procès contre la famille Bongo et alliés », a-t-il rappelé.
Au moment de la signature, la CNSS était placée sous administration provisoire en raison de graves dysfonctionnements de gestion. La caisse était également secouée par une grève d’un mois, déclenchée par les agents qui dénonçaient notamment la mauvaise gouvernance de l’institution.
Dans ce contexte, Jocelyn Louis N’Goma soutient que l’organe interne ayant validé la convention — le comité de suivi et de contrôle — ne disposait pas des compétences nécessaires pour engager la CNSS dans un tel contrat.
« Ce comité avait pour mission de contrôler l’administration provisoire et non de prendre des décisions engageant l’institution », a-t-il déclaré, évoquant une question d’éthique, de conflit d’intérêts et de non-respect des normes juridiques encadrant les marchés publics. Le syndicat estime en conséquence que cette convention ne devrait plus être appliquée, la jugeant défavorable aux intérêts des travailleurs.
La convention prévoit la mise en place d’une plateforme numérique destinée à gérer les transactions documentaires et financières des deux caisses. Les critiques portent à la fois sur son coût et sur l’utilité de recourir à un prestataire externe pour un service qui existait déjà en interne.
Dans un communiqué, la société Clikafrik conteste les montants avancés, affirmant que le coût global du projet s’élève à 1,223 milliard de FCFA pour les deux caisses, loin des 3,2 milliards évoqués publiquement. L’entreprise précise que la convention a été signée par entente directe en août 2023, après validation par le Comité de surveillance et les conseils d’administration des caisses, et se dit disposée à poursuivre le dialogue avec les parties prenantes.
La révélation de ce contrat a suscité l’émoi dans l’opinion, d’autant qu’il a été signé par Mark Alexandre Doumba, actuel ministre de l’Économie numérique. Ce dernier ferait l’objet de soupçons de trafic d’influence dans la mise en œuvre du projet, des accusations qui alimentent davantage la controverse autour de ce dossier.
Camille Boussoughou
