Doté d’une biodiversité exceptionnelle, de parcs nationaux prestigieux et de plages intactes, le Gabon dispose sur le papier d’un des plus forts potentiels écotouristiques d’Afrique. Pourtant, malgré des annonces répétées et des stratégies successives, le secteur stagne depuis des années. Changements et rotation forte de ministres de tutelle, projets avortés, infrastructures inachevées : le tourisme gabonais illustre un mal profond, celui d’un manque cruel de continuité et de gouvernance stable.
Le Gabon pourrait être une destination phare du continent. Avec 13 parcs nationaux couvrant environ 11 % du territoire, il abrite une faune et une flore parmi les plus riches et les mieux préservées d’Afrique centrale.
Loango, où les éléphants se promènent sur les plages ; Pongara, accessible aux portes de Libreville avec ses mangroves et ses tortues marines ; Ivindo et ses chutes impressionnantes de Kongou et Mingouli ; Minkébé, Mayumba ou encore les richesses culturelles des provinces intérieures : peu de pays concentrent une telle diversité en si peu d’espace.
L’écotourisme, le tourisme balnéaire, scientifique ou communautaire pourraient générer des milliers d’emplois durables et contribuer sérieusement à la diversification économique, loin du tout-pétrole. Pourtant, la réalité est implacable : la part du tourisme dans le PIB reste marginale, bien en deçà des promesses récurrentes d’une économie post-hydrocarbures.
Facteurs bloquants
Les échecs s’accumulent comme autant de leçons non apprises. Plans directeurs élaborés puis oubliés dans les tiroirs, infrastructures touristiques lancées puis abandonnées, hôtels publics fermés faute d’entretien, absence criante de liaisons aériennes ou routières fiables vers les sites phares. Le secteur souffre d’un mal chronique : beaucoup de discours, très peu d’exécution durable.

La récente « Caravane touristique », lancée sous l’impulsion de l’ancien ministre Pascal Ogowé Siffon pour promouvoir les destinations intérieures, en est une illustration parfaite. Initiative prometteuse sur le papier, elle se heurte aujourd’hui à la fragilité inhérente au contexte gabonais : les projets semblent trop souvent porter le nom d’un homme plutôt que d’une institution. Avec les démêlés judiciaires de son initiateur, la caravane risque de s’essouffler, comme tant d’autres avant elle.
L’arrivée, en janvier 2026, de la nouvelle ministre du Tourisme durable et de l’artisanat, Pr Marcelle Ibinga Itsitsa, avait suscité un espoir légitime d’approche plus structurée. Des visites de terrain (notamment dans la Ngounié), des rencontres avec les acteurs privés, l’ouverture de travaux pour une Stratégie nationale du tourisme durable, un renforcement du dialogue social : les premiers signaux sont là.
Mais sur le terrain, les opérateurs locaux peinent encore à percevoir une vision claire et cohérente. La communication institutionnelle reste timide, les partenariats public-privé limités, et les avancées concrètes en matière d’infrastructures ou d’accompagnement des professionnels toujours discrètes.
Le Gabon n’a pas un problème de ressources naturelles ni de potentiel touristique : il a un problème de gouvernance et de constance politique. Tant que les stratégies seront réécrites à chaque remaniement ministériel, le secteur restera coincé dans ce cycle infernal des promesses non tenues.
Pour enfin briser cet éternel recommencement, il faudra une vision stable, financée sur plusieurs années, portée par des institutions solides et non par des individus de passage. Sans cette rupture fondamentale, le tourisme gabonais continuera d’être ce géant endormi : immense en potentiel, mais désespérément immobile dans les faits.
Féeodora Madiba et Darène Mabelle Ayingone
*Source : ‘’La lettre verte’’, Michaël Moukouangui Moukala
N.B. : Les titre et intertitre sont de la Rédaction
