Grève des enseignants : Simon Ndong Edzo, la « relique vivante » qui dérange le pouvoir

Dans le tumulte des grèves cycliques qui secouent l’école gabonaise, un nom revient avec une constance singulière : Simon Ndong Edzo. Pour certains, il incarne un syndicalisme d’un autre temps ; pour d’autres, il demeure la mémoire vivante des luttes sociales au Gabon. Une figure dont la présence rappelle que les revendications actuelles sont l’héritage direct de combats anciens, jamais totalement aboutis.

Cadre administratif, intellectuel rigoureux et syndicaliste endurant, Simon Ndong Edzo n’a jamais cultivé l’agitation spectaculaire ni les slogans faciles. Sa méthode repose sur la constance, la maîtrise des textes et une parole mesurée. Il a inscrit la revendication sociale dans un cadre institutionnel, là où d’autres privilégient l’affrontement frontal, s’imposant progressivement comme un interlocuteur crédible entre l’État et les travailleurs.

S’il est aujourd’hui qualifié de « relique » des luttes sociales, ce terme ne relève ni de la dérision ni de la nostalgie. Il renvoie à une époque où le dialogue social, bien que conflictuel, reposait sur des figures reconnues pour leur autorité morale. Dans un paysage syndical désormais fragmenté et parfois politisé, Simon Ndong Edzo incarne une école fondée sur la revendication structurée, argumentée et durable.

Pour les régimes successifs, il a souvent représenté une présence inconfortable : trop indépendant pour être instrumentalisé, trop respecté pour être marginalisé, trop constant pour être discrédité. Ses prises de position rappellent une réalité persistante : la précarité des agents publics, la crise de l’éducation et la dégradation des conditions de travail résultent d’accumulations et de compromis sans lendemain.

Avec le temps, Simon Ndong Edzo est devenu une figure presque solitaire. Dans un espace public dominé par l’instantanéité et les colères numériques, sa parole lente et réfléchie peut paraître décalée. Pourtant, à chaque crise sociale majeure, son nom refait surface. Délégué général de la CONASYSED et conseiller du bureau national du SAEG, celui que beaucoup surnomment le « Che Guevara du syndicalisme gabonais » continue de porter les mêmes revendications.

Le 20 janvier 2026, la situation a basculé. Simon Ndong Edzo a été interpellé à son domicile par la Direction générale des recherches (DGR), avant d’être placé sous mandat de dépôt à la prison centrale de Libreville, dite « Sans-Famille », aux côtés de Marcel Libama. Cette incarcération, survenue en pleine grève du mouvement « SOS Éducation », a ravivé les tensions et renforcé la mobilisation syndicale.

Qualifier Simon Ndong Edzo de relique ne revient donc pas à l’enfermer dans le passé. C’est reconnaître en lui un témoin vivant, porteur d’une mémoire sociale que le Gabon peine à assumer. Son parcours pose une question centrale : le problème tient-il au manque de revendications ou à l’absence de méthode et de continuité ? Tant que ces combats resteront d’actualité, Simon Ndong Edzo continuera d’occuper une place singulière dans la conscience sociale du pays.

Jean-Jacques Rovaria Djodji

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