Face à la grève observée à la Compagnie nationale de navigation intérieure et internationale (CNNII) à Port-Gentil, la Direction générale sort de son silence. Dans une fiche technique aux allures d’un communiqué de presse, l’entreprise publique réfute les accusations des grévistes, tout en qualifiant ce débrayage « hors cadre légal », fondé selon elle sur des contre-vérités et une remise en cause d’accords déjà actés.
Au cœur de la polémique, la légalité même du mouvement d’humeur. Selon la Direction de la CNNII, la grève déclenchée à Port-Gentil n’a respecté aucune des procédures prévues par le droit du travail gabonais. Aucun préavis de huit jours n’aurait été adressé ni à la Direction générale, ni à l’Inspection spéciale du travail. Une carence qui, sur le plan juridique, requalifie l’arrêt de travail en abandon de poste collectif, privant ainsi les agents concernés de la protection attachée au droit de grève.
À cela s’ajoute, selon l’entreprise, le non-respect d’un procès-verbal de conciliation déjà signé sous l’égide de l’autorité de tutelle, de l’Inspection du travail et des représentants du personnel, rendant toute relance du conflit abusive. Sur le fond des revendications, la Direction s’emploie également à rétablir ce qu’elle qualifie de « vérité des chiffres ».
Contrairement aux 19 mois d’arriérés avancés par les grévistes dans la presse, la dette salariale serait limitée à 18 mois, dont 17 mois hérités de gestions antérieures et un seul mois – décembre – restant effectivement dû. La CNNII rejette par ailleurs toute responsabilité dans les promesses non tenues du groupe EBOMAF, rappelant que ce partenaire n’a jamais honoré ses engagements de paiement des arriérés, malgré des annonces faites lors de la signature de la convention de concession.
Enfin, l’entreprise déplore « l’absence de service minimum et des entraves à la liberté de travail à Port-Gentil », des actes qualifiés de « fautes lourdes » mettant en péril la sécurité des installations. Entreprise publique stratégique, la CNNII assure une mission essentielle de transport fluvial et maritime intérieur et international, contribuant à la continuité territoriale et à l’activité économique nationale.
Dans un contexte social déjà fragilisé par des difficultés financières héritées du passé, la Direction générale de la CNNII appelle à un retour au dialogue responsable, dans le strict respect des textes en vigueur et des engagements signés. Un rappel à l’ordre qui intervient alors que la question de la gouvernance des entreprises publiques et du respect du droit du travail reste au cœur de l’actualité sociale au Gabon.
Antoine Relaxe
